Les aléas de la course au titre (1/4)

Il y a bientôt trois semaines, Jenson Button devenait le soixantième champion du monde de l’histoire de la Formule 1. Ce sacre intervient après une très belle saison de la part du pilote Britannique, de loin la meilleure de sa carrière en catégorie reine. Cependant avant d’en arriver là, l’anglais est passé par de longs moments de galère, à tel point que l’on a longtemps pensé (à juste titre ?) que Button allait rejoindre le triste club des pilotes ayant un gros potentiel mais n’ayant jamais réussi à obtenir un titre mondial, parfois largement mérité. Après réflexion, il apparaît que l’on pourrait séparer ces pilotes en trois catégories :

  • Les champions sans couronne : ces pilotes au palmarès bien rempli ont marqué les esprits et leur époque par leur talent indéniable et sont entrés dans la légende de la F1 à tout jamais mais n’ont, pour diverses raisons, jamais réussi à conquérir le titre mondial.
  • Les espoirs déçus : moins glorieuse cette catégorie regroupe des pilotes ayant fait des débuts fracassant au point d’être considérés comme des champions en devenir, mais qui, avec le temps, n’ont pas réussi à se montrer à la hauteur des espoirs placés en eux.
  • Les pilotes surprises : cette catégorie rassemble des pilotes talentueux mais dont on pensait qu’ils ne faisaient pas parti des très grands mais qui se sont tout de même retrouvés en position de disputer le titre.

Le Service Après-Vente de la F1 vous propose de revenir sur ces pilotes qui ont marqué, chacun à leur manière, l’histoire de la F1. Mais avant toute chose, revenons sur la carrière atypique du pilote qui nous inspire cet article, celle du nouveau champion du monde : Jenson Button.

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Les débuts (1988-1999)

Le père de Jenson, John, est un ancien pilote connu de Rallycross. C’est lui qui bricole son premier kart à Jenson lorsque celui-ci n’a que 8 ans. L’année suivante le petit Jenson commence la compétition et les premiers succès ne se font pas attendre bien longtemps. Jenson va remporter de nombreuses victoires comme en 1991 où il gagne 34 courses et de nombreux championnats, d’abord nationaux puis internationaux, ainsi que le mémorial Ayrton Senna en 1997.

Il passe à la monoplace en 1998 en disputant le championnat britannique de Formule Ford 1600. Cette année-là, il est champion britannique et vice-champion d’Europe de la catégorie. Il monte en F3 en 1999 et termine troisième du championnat britannique. Ses performances ne passent pas inaperçues et Franck Williams décide de l’engager dans son équipe.

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Les grands débuts en F1 (2000)

his_0001 En ce début de nouveau millénaire voilà donc que Button, 20 ans à peine, débarque en F1 avec sa gueule d’ange à faire craquer toutes les grid girls. Pour cette première saison, Jenson fait équipe avec le cadet des Schumacher. Il marque des points dès son second Grand Prix au Brésil et devient ainsi le plus jeune pilote à marquer des points en F1 à 20 ans, 2 mois et 7 jours (record battu par Vettel depuis). Toute la saison, il fera jeu égal avec Ralf Schumacher, qui possède pourtant trois saisons d’expérience en plus, et manque même le podium en Allemagne pour 1.517 seconde. À Spa, sur le juge de paix de la saison, il se classe cinquième après une brillante troisième place en qualification. Au final il finit cette première année de F1 à une huitième place très prometteuse.

Cependant à la fin de la saison il est remplacé par Juan Pablo Montoya chez Williams et part chez Benetton-Renault.

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L’orage Renault (2001-2002)

En 2001, c’est donc avec un moral gonflée à bloc et une image de jeune prodige que Button débarque à Enstone. Malheureusement, le compte de fée s’arrête brutalement : Benetton, sur le point d’être racheté par Renault et en pleine restructuration, est incapable de fournir une bonne voiture à ses pilotes. De plus le moteur Renault est loin d’être irréprochable niveau fiabilité. Pour couronner le tout, Button est largement dominé par son équipier Fisichella qui monte sur le podium alors que lui ne rentrera dans les points qu’en Allemagne avec une cinquième place. Jenson devient de plus en plus fébrile au cours de l’année et son image d’espoir montant vole en éclat. En résumé une saison à oublier…

his_0002 En 2002, Benetton devient donc Renault et sous l’égide du constructeur Français la situation s’améliore. Dès la Malaisie Button est de retour. Il profite des frictions du départ pour se porter troisième de la course. Il conserve longtemps cette place et croit tenir son premier podium ainsi que le premier de Renault mais en fin de course, il est ralenti par un problème mécanique et se fait doubler par Schumacher, lancé dans une remontée infernale depuis le fin fond du classement.

his_0003 Globalement le reste de la saison se passe bien, Jenson marque souvent des petits points mais doit composer avec la fiabilité du moteur Renault. Cependant il domine son expérimenté équipier Trulli. Malgré tout en fin de saison il fait à nouveau les frais de la concurrence et dois laisser sa place au profit du nouveau protégé de Flavio Briatore, un  certain Fernando Alonso. Jenson trouve alors refuge chez Bar-Honda.

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L’éclaircie BAR (2003-2005)

C’est donc en 2003 que Button pose pour la première fois ses valises à Brackley. Mais en ce début d’année l’image de Jenson est quelque peu écornée par ses contre-performances chez Renault et par son côté playboy. Car Button collectionne les conquêtes féminines et beaucoup pensent qu’il fait passer les filles avant la F1. D’ailleurs Villeneuve dira de lui que « sa place est dans un boys-band et non dans une monoplace de F1 » ! Mais qu’importe, car cette saison là les performances reviennent doucement. La Bar est plutôt bonne et Button marque régulièrement des points. Il effectue même ses premiers tours en tête aux USA sous la pluie avant de devoir renoncer, moteur Honda en berne. Mais surtout il domine largement son équipier Villeneuve, champion du monde 1997 ! Button a montré ce dont il était capable avec une bonne voiture et que le talent était toujours là.

his_0004 Et justement, en 2004, BAR conçoit la meilleure voiture de son histoire, la BAR-Honda 006, et Jenson va enfin pouvoir montrer sa valeur. A son volant le britannique décroche son premier podium en malaise. A Saint-Marin il réussit sa première pole position et finit second derrière Schumacher. Toute l’année il va multiplier les podiums jusqu’à un total de dix.

Mais il ne peut rien faire faces aux intouchables Ferrari et la victoire lui échappe toujours. Pourtant il s’en est rapproché à plusieurs reprises comme en Allemagne où après avoir été pénalisé de dix places sur la grille pour changement de moteur, il remonte en seconde position et finit la course en conduisant d’une main car il fut obligé de tenir sa visière qui se détachait d’un côté. Ou comme en Italie où après avoir mené toute la course il se fait doubler par les deux Ferrari revenues de nulle part. Button finit troisième du championnat derrière les deux Ferrari. Jenson est donc le « meilleur des autres » et BAR finit même second au classement constructeur. C’est également en 2004 qu’éclate le premier acte du « Buttongate ». Car en Juillet Button annonce son retour chez Williams. Mais David Richards, alors patron de Bar, ne l’entend pas de cette oreille : pour lui Button doit rester encore un an et il conteste la validité du contrat. L’affaire sera portée devant les tribunaux et la justice donnera raison à Richards. Button devra attendre encore un an avant de revenir à Grove.

Il court donc encore pour BAR-Honda en 2005. Tout le monde, Jenson le premier, attend sa première victoire mais une fois encore il va déchanter. Les débuts de la BAR-Honda 007 sont exécrables, en grande partie à cause de la fiabilité désastreuse du moteur Honda. Les deux voitures multiplient les casses moteurs. Ca va mieux à Imola, Buton remonte sur le his_0005podium et Sato finit cinquième. Cependant on va s’apercevoir que BAR a triché en utilisant des réservoirs plus grands pour compenser le poids de la voiture inférieur aux 600 kg réglementaires. L’équipe est disqualifiée et exclue pour deux courses ! Au Canada Button signe la pole mais va rejoindre le club des nombreux pilotes à avoir fait connaissance d’un peu trop près avec le fameux mur « Bienvenue au Québec ».

À la mi-saison Button n’a toujours pas le moindre point ! Mais il va se ressaisir. Jenson retrouve sa pointe de vitesse et sa régularité. Il finit ainsi les dix dernières courses de l’année dans les points avec deux podiums. Malgré tout sa neuvième place finale est décevante. Parallèlement, l’acte deux du « Buttongate » se joue. On reprend les mêmes et on recommence mais à l’envers cette fois. En effet Button étant maintenant libéré de son contrat, Williams veut qu’il revienne. Mais entre temps les performances de l’équipe de Grove se sont singulièrement dégradées et Button va tout faire pour rester chez BAR. À nouveau l’affaire est portée devant les tribunaux mais par Frank Williams cette fois. Finalement l’affaire s’arrangera à grands coups de dollars et Williams laissera Button rester chez BAR.

[tab:2006-2008]

L’ouragan Honda (2006-2008)

Button peut donc rester à Brackley. En 2006 Honda rachète totalement BAR. Pour cette saison Button fera équipe avec Barrichello, transfuge de chez Ferrari. Les essais d’intersaison se passent bien et Jenson nourrit de grands espoirs en espérant que cette saison soit enfin la bonne. Mais cette fois encore les débuts sont difficiles. Le début de saison est compliqué malgré des points et un podium. Et même s’il signe la pole à Melbourne, son moteur rend l’âme quelques mètres avant la ligne d’arrivée ! Puis la situation s’améliore et Jenson rentre régulièrement dans les points. C’est alors qu’arrive le Grand Prix de Hongrie. his_0006Ce dimanche il pleut sur le Hungaroring et Button s’élance d’une triste quatorzième place sur la grille. Cependant tous les gros bras (Räikkönen, Alonso, Schumacher) renoncent les uns après les autres. De plus ce jour là Jenson est très inspiré et grâce à un pilotage parfait il va remonter tout ces adversaires et enfin remporter cette victoire qui se refusait depuis toujours à lui ! Au bout de 113 courses, son heure de gloire est enfin arrivée.

Button va une nouvelle fois finir la saison en trombe : il termine les sept dernières courses dans le top 5 et éclipse Barrichello. Il finit la saison au sixième rang.

his_0007 Arrive alors la saison 2007 et avec elle le début de ce que l’on croit alors être la fin du pilote britannique. La Honda RA107 est plus que ratée, c’est un véritable veau au point même d’être plus lente que la Super Aguri qui est en faite une Honda de 2006. Jenson ne rentre que trois fois dans les points, avec au mieux une cinquième place en Chine, et encore, sous la pluie.

Il finit l’année avec six misérables petits points, sa seule consolation est d’avoir une fois encore dominé Barrichello.

En 2008 Honda engage Ross Brawn et espère pouvoir revenir aux avant-postes. Mais l’enfer va se poursuivre une année encore avec une nouvelle charrette en guise de voiture. Button ne rentre qu’une fois dans les points et est même dominé par Barrichello qui monte sur le podium à Silverstone. Pire encore, Jenson est complètement éclipsé par la nouvelle star anglaise, Lewis Hamilton.

Pour Jenson l’échec est total : en neuf saisons de F1 il n’a gagné qu’une fois, il n’est pas champion du monde et ne le sera surement jamais, il se traîne depuis deux saisons sur des voitures plus lentes que la Safety Car et a été remplacé dans le cœur des anglais par Hamilton, nouveau prodige de la F1 ! Mais le sort continue de s’acharner sur le pauvre Button car en fin d’année, Honda annonce son retrait de la discipline avec effet immédiat. Cette fois Jenson descend carrément six pieds sous terre ! Tout le monde s’accorde à dire que sa carrière est finie, ruinée par des mauvais choix d’équipes. Lui, le jeune prodige d’hier que tout le monde désignait comme un futur grand, est maintenant jeté aux oubliettes par la presse et se dirige tout droit vers le triste « club » des espoirs déçus dans la plus grande indifférence. Mais malgré tout il faut croire qu’il y a tout de même une justice en F1…

[tab:2009]

Le miracle Brawn GP (2009)

Après être longtemps restée dans l’incertitude sur son sort, l’équipe est finalement rachetée in extremis par Ross Brawn qui obtient un moteur Mercedes et Button peut reprendre le volant. Malgré un avenir en pointillés et le peu d’essais la BGP001 se montre tout de suite au-dessus du lot. Le compte de fée se poursuit en Australie où, contre toute attente, Jenson signe la pole et remporte la course devant Barrichello.

La suite nous la connaissons tous à présent. Button a enfin réalisé son rêve et est devenu champion du monde alors que moins d’un an plus tôt, il était sans volant, considéré comme un perdant et appartenait aux espoirs déçus. Qui l’eût cru !

Désormais, Jenson est entré dans la légende aux côtés des Fangio, Prost, Senna ou autres Schumacher pour ne plus en sortir. Comment, alors, ne pas se rappeler de ce soir où le petit Jenson, rentrant d’une course de karting avec ses parents en voiture, entendit son père dire à sa mère qu’il ne pensait pas que son fils soit fait pour ça. Des années plus tard, Jenson dira à son père : « Tu sais, je t’ai entendu dire à Maman que tu ne me pensais pas fait pour ca. Je me suis dit que j’allais te montrer. »

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