Envoyé spécial pour F1i… et trop fier de l’être

Ah, mon Greggy ! Quelle ne fut pas ma surprise, vendredi, de voir que dans un article dégueulasse tellement il dégouline d’autosatisfaction et de mépris envers la concurrence, toi, Gregory Demoen, et F1i, ton employeur, vous vous gargarisez d’être le seul site Web francophone en mesure de couvrir l’intégralité de la saison sur place. Voyons donc comment un magazine qui a les moyens de te faire faire le tour du monde va les gâcher, ainsi qu’une accréditation permanente de la FIA.

Passons sur le ton condescendant de ta missive, les autres sites d’information francophones étant qualifiés de « soi-disant spécialisés », ayant « développé leur seule expertise dans la traduction de communiqués de presse et le copier/coller en différé », ou encore se contentant selon toi « de traduire et rapporter de courtes déclarations corporate sans véritable fond ». Pour avoir fait activement partie de l’équipe de Fan-F1.com – où quelques uns de mes collègues du SAV travaillent toujours -, ça fait mal au fondement de lire un discours aussi venimeux, généralisateur et déconnecté de la réalité de ta concurrence. La bande de joyeux drilles que j’ai côtoyée travaille de la manière la plus professionnelle possible : réunions de rédaction, démarche visant à fournir au lecteur un contenu riche et qualitatif, et non prise en compte des contraintes économiques dans la ligne rédactionnelle font que Fan-F1 est, je le pense, ce qu’on trouve mieux sur le Web F1 francophone à l’heure actuelle. On croise dans cette rédaction uniquement des bénévoles qui prennent sur leur temps libre – parfois à l’excès – pour couvrir toute l’actualité de la F1, et surtout, tous les Grands Prix européens depuis le paddock : les Clément Sellier, Axel Brémond et autres Matthieu Piccon sont, eux, présents sur place sur leurs propres deniers, tu as surement dû les croiser… Non ? Dommage, ils auraient pu t’apprendre une chose ou deux en matière de journalisme.

Car si, comme je le souligne régulièrement dans nos podcasts, certains sites francophones sont effectivement loin de satisfaire à nombre de critères de qualité, F1i est à clouer au pilori en premier. Au programme : des fausses polémiques (les déclarations d’Hamilton sur Schumacher ce samedi), du contenu people éloigné du sport (photos des compagnes et des villas des pilotes, débat vidéo « Quelle est la fille la plus jolie du paddock ? »), des articles rédigés sur le pouce et expédiés en deux paragraphes, et de sombres spéculations « invérifiées » (notamment sur la santé de Michael Schumacher). Belle ironie, d’ailleurs, de prendre un coin de phrase sur deux ou trois paragraphes pour signaler que la Gazzetta dello Sport ne cite pas de source dans une information qu’elle publie, toi qui une fois sur deux fais de même. Mais ton chef-d’oeuvre reste un article à charge sur Mansoor Ijaz, où tu t’es tellement perdu dans des amalgames ineptes que vous avez sévèrement baissé votre froc le lendemain quand il vous a passé un coup de fil… Bref, tout ça montre bien la classique course au clic facile du site qui croit que ses lecteurs méritent de la merde du moment qu’ils la rentabilisent en cliquant sur les pubs. Et dire que Pierre van Vliet, ton supérieur, adoube ça…

Toi qui te targues d’être désormais en permanence dans les paddocks, regardons ce que ça apportera réellement. Sur place, un journaliste, effectivement, recueille les déclarations des acteurs de vive voix. Un dur travail qui consiste, pour ceux qui n’ont pas l’occasion de poser des questions – ou le talent pour le faire -, à tendre un micro ou un dictaphone. De quoi choper des crampes au bras, dis donc ! Ceux qui exercent la profession depuis la France disposent finalement eux aussi de ces mêmes déclarations, mais, il est vrai, un peu plus tard. Sur le Web, c’est important pour les lecteurs qui, pour une majorité, veulent avoir l’info rapidement. Mais comment veux-tu qu’on fasse autrement que copier-coller-traduire quand on n’est pas sur place ? Tu faisais comment quand tu restais chez toi ? Et tu fais comment quand tu traites des déclarations qui tu n’as pas recueillies directement ? Il n’y a absolument rien de honteux à procéder ainsi puisque la source initiale est directement un acteur de la discipline et non toi, mon Gregounet. En plus, tu as l’avantage de la réactivité, je ne vois pas de quoi tu te plains.

Et puis, très franchement, tu nous parles de « courtes déclarations corporate sans véritable fond » chez tes concurrents. Tu dois sans doute parler des communiqués des écuries, revus et corrigés, il est vrai, par des services de communication. Mais ça montre bien que tu connais très mal les gens auxquels tu tends ton micro, puisque – et ça, n’importe quel fan lambda de F1 le sait pertinemment – ils sont tous, sans exception, formatés pour manier à la perfection un discours maîtrisé à base de formules toutes faites et d’une langue faite du bois le plus massif. Eh oui, la carapace des acteurs de la F1 ne se craquelant qu’en de trop rares occasions, tu te délectes de la même bouillie préparée à l’avance que tu rechignes à goûter chez les autres. C’est même plus violent pour toi puisque les pilotes te la servent directement dans la gueule !

En passant, je remarque que tu es bien fier de jouer la carte française. « En tant que site professionnel de référence sur la Formule 1, » écris-tu sans la moindre once de honte, « nous accordons naturellement une importance particulière aux pilotes tricolores. » Quel est le rapport entre les deux parties de cette phrase ? Des vrais professionnels traitent les sujets qui méritent journalistiquement de l’être. Si les trois pilotes Français n’ont rien à dire qui puisse être enrichissant pour le lecteur – c’est ce qu’on appelle hiérarchiser l’information -, il faut aller pêcher d’autres déclarations. Bon, je comprends, essayer de déchiffrer les baragouinages en anglais de Kimi Räikkönen, c’est plus dur que de retranscrire en 5 minutes ce que dit Jules Bianchi, et ça ne libère pas du temps pour faire l’incontournable pose de touriste, accréditation autour du cou, devant le lac de l’Albert Park et la skyline de Melbourne.

Ah sinon, quand on est sur place, on peut demander des interviews exclusives en tête à tête, ce qui, je ne vais te faire l’affront de te l’expliquer, est impossible quand on ne fait « que » regarder Canal+ en charentaises au coin du feu, le chat sur les genoux. Ah, on me souffle dans l’oreillette que les interviews exclusives publiées sur le site de F1i sont aussi rares qu’une Marussia qui marque des points, et qu’il faut acheter le magazine bimestriel (oui, parce qu’en deux mois, il se passe trois fois rien en Formule 1 !) pour en lire. Mais on me dit aussi que certains « sites soi-disant spécialisés », tout en étant moins présents dans les paddocks, décrochent des entretiens avec Jules Bianchi, Sébastien Buemi, Stéphane Samson, Jacques Villeneuve, ou encore Cyril Abiteboul…

Mais le plus grand intérêt d’être sur place est probablement la création et l’entretien d’un réseau de relations. À force de sympathiser avec l’un ou l’autre, ça permet à tout bon journaliste de glaner ça et là des informations exclusives dignes d’intérêt, qui offrent une différenciation claire de la concurrence. Mais force est de constater que c’est pas toi qui nous sors des infos de première main. D’ailleurs, chez Canal+, on ne s’y trompe pas : du haut de sa grande expérience, Pierre van Vliet est dans les Spécialistes F1 seulement pour faire le nombre quand personne d’autre n’est disponible et que les vrais journalistes, Julien Fébreau et Thibault Larue, dont on sent, eux, l’enthousiasme et la passion, ne sont pas là ! On te souhaite en tout cas bonne chance tant les médias français qui sortent des infos sont rares. Autosport, la BBC et Auto Motor und Sport doivent en trembler !

Pour le reste, à savoir la couverture des séances, il n’y pas grand intérêt à ce que tu te déplaces, à part des vacances perpétuelles, surtout si c’est pour faire des résumés aussi courts. Être en bord de piste ne permet pas de suivre et de relayer correctement ce qui se passe de l’autre côté du grillage : il faut donc se cloîtrer devant les écrans de la salle de presse pour taper son compte-rendu ou animer un direct textuel. Pour avoir moi-même fait les deux sans être sur place, il n’est pas indécent de considérer que les conditions sont même meilleures sans le bruit des moteurs et des confrères pour troubler la concentration, et avec les mêmes informations en quasi-temps réel que dans le paddock (grâce à la couverture télévisuelle, au live timing, aux comptes Twitter des écuries, etc.). Rappelle-toi quand tu n’avais pas encore le privilège d’être accrédité, mon Greggy, tu faisais probablement le boulot aussi mal qu’aujourd’hui.

Ainsi, tu te pavanes à Melbourne simplement pour 15 pauvres minutes d’avance sur la concurrence – pas sur les GP européens, où tu seras marqué à la culotte – pour lesquelles ton employeur paye rubis sur l’ongle avion, hôtel, restaurant et j’en passe. Tu as bien essayé de faire grimper l’image de F1i en mettant en avant votre couverture soi disant unique. « Si une rédaction a obtenu les moyens de s’offrir un tour du monde en 19 escales, c’est que, quelque part, elle fait bien son travail, » aurais-tu souhaité que tout le monde pense. Mais, et ça n’est que justice, ça s’est bien retourné contre toi puisque, au vu de la majorité des commentaires, les dénigrements inappropriés envers la concurrence ont été très mal perçus. Heureusement, digne d’un dirigeant du Parti des travailleurs de Corée, tu t’es empressé de tout supprimer pour sauver les apparences.

Tout ça alors que, certains de ceux sur qui tu as vomi le prouvent, tu pourrais faire 100 fois mieux en restant le cul posé chez toi si tu en avais simplement la volonté et/ou les capacités… Moi, jaloux ? Et comment ! Sans avoir fait aucun effort pour nourrir tes lecteurs avec un contenu de qualité, tu traverses gratuitement la planète avec le F1 Circus ! C’est le crime parfait ! T’as un job, c’est déjà pas si mal en temps de crise, et en plus tu voyages à l’œil sans en branler une. Bon visiblement, t’aimes pas trop la Formule 1 vu comment tu en parles. C’est ce qui me donne le plus la nausée, à vrai dire.

Parce que, pendant ce temps-là, des amateurs, des vrais passionnés, trop crédules, sans doute, de penser qu’il faut respecter les lecteurs auxquels on s’adresse, font des tas d’efforts pour rien. C’est sur ces gens-là que tu as craché honteusement vendredi en pondant ton minable torchon. Ces artisans du journalisme sont sans exception bien plus compétents et respectueux de ceux qui les font vivre, à savoir les lecteurs, que toi, Grégory Demoen, envoyé spécial et beaucoup trop fier de l’être, et désormais honte officielle de la profession. Toi qui as aujourd’hui une cuillère d’argent dans la bouche, ce mépris que tu leur as jeté à la gueule, sache-le, la concurrence toute entière l’a pour toi, au centuple, et depuis bien longtemps.

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