Bernie ferait mieux de partir avec Red Bull

Pendant les deux semaines entre les Grands Prix de Russie et des États-Unis, Bernie Ecclestone a comme souvent fait son show dans la presse. Au programme : des pages et des pages de critiques contre la Formule 1 actuelle. En substance, son bébé ne serait plus assez spectaculaire, mettrait trop en avant les ingénieurs par rapport aux pilotes et serait géré de manière trop démocratique. Soit. Ce n’est pas nouveau, et il n’y a pas forcément que du faux là-dedans. Ce qui l’est en revanche, c’est le contexte. Car « Mr E » ne le voit pas, mais il a sous ses yeux des alliés de circonstance pour passer des paroles aux actes et aboutir au championnat de ses rêves.

Il s’agit de Red Bull – qui elle-même n’a pas été avare d’épanchements dans la presse cette année. On le sait, l’avenir de la firme autrichienne en Formule 1 est incertain du fait de l’indisponibilité immédiate d’un moteur compétitif. Or, d’aucuns, comme Jonathan Noble de Motorsport.com, évoquent l’arlésienne de la création d’un championnat parallèle, cette fois-ci estampillé de la marque autrichienne. Une éventualité qui serait des plus séduisantes pour Bernie Ecclestone. La vérité, c’est qu’il devrait même la pousser !

Imaginez. Exit le championnat d’ingénieurs puisqu’ils créeraient là, main dans la main, la formule monotype ultime ! Oubliée l’obligation de devoir pactiser avec les écuries et la FIA pour amender le règlement actuel : il y en aurait un tout nouveau à écrire à seulement quatre mains ! Terminée, l’heure et demi de procession dominicale, ils pourraient tout mettre : un châssis unique conçu avec la maestria des hommes de Milton Keynes, un moteur unique puissant (V8, V10 et pourquoi pas 12 ou 16 tant qu’on y est !) et bruyant, des pilotes gavés de boisson énergétique, des étincelles de partout, du push-to-pass, etc.

En plus, tout pourrait s’imbriquer parfaitement : Red Bull a une porte de sortie (coûteuse mais pas ruineuse), la grogne des écuries indépendantes annonce des problèmes avec l’Union Européenne, et de nombreux acheteurs tapent actuellement à la porte de la F1. L’occasion rêvée de vendre pour changer d’air ! Et puis, si ce bon vieux Bernie veut se lancer dans un nouveau projet, il ne lui reste plus très longtemps pour le faire… Dommage, d’ailleurs, que la cataracte l’empêche de voir que, vu son rejet actuel de la discipline, son rêve n’est plus en F1. Il menace même de traîner Red Bull en justice pour non respect de leur engagement jusqu’en 2020, eux qui pourraient pourtant lui donner les moyens de (re)conquérir le monde…

Car ne nous voilons pas la face : difficile d’imaginer qu’avec un tel programme, ce nouveau championnat n’enterrerait pas la F1 en conquérant ses déçus, et plus globalement les téléspectateurs plus casuels. Ce serait automatiquement plus alléchant qu’une formule polytype, sur le papier en tout cas. Au pire, il faudrait un peu de temps de cohabitation, comme aux États-Unis pendant les 12 ans de scission entre le CART et l’IRL. Ecclestone aurait donc tout intérêt à changer de crèmerie avant que son premier bébé ne coule.

Aimerais-je ce championnat ? Probablement. Autant que la F1 ? Il faudrait juger sur pièce, mais pas sûr. Il faut dire que, si la F1 est ma discipline préférée, c’est surtout parce que j’ai un attachement à l’ouverture du règlement technique et à la compétition technologique. Ce n’est pas le cas de tout le monde ! Mais autrement, j’ai un spectre assez étendu : mes championnats de prédilection sont le WEC, l’IndyCar, la NASCAR et la Formule E. Le seul point commun entre tout ces disciplines : chacune représente le top niveau de sa catégorie. Un ticket Red Bull-Ecclestone ne ferait qu’occuper une catégorie aujourd’hui laissée quasi-vide, puisque ceux qui s’y sont essayés (A1 GP, Auto GP) s’y sont cassés les dents faute de moyens : la formule monoplace monotype de courses sur route à l’européenne.

De leur côté, la firme autrichienne et le milliardaire britannique ont les épaules pour s’imposer seuls sur la scène mondiale face à la Formule 1. Tout ça serait en tout cas bien plus productif que de se répandre sans arrêt dans la presse, si vous voyez ce que je veux dire. Alors Messieurs Ecclestone et Mateschitz, je dis « chiche » !

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